Oui, vous avez bien lu ! Du riz « couché », en Français courant quelqu’un dirait du riz rassis ! En Côte d’Ivoire, ce riz accompagné de la sauce de la veille ( elle aussi « couchée » 🙂 ) est souvent servi au petit déjeuner dans les familles modestes. Je reconnais à ce plat un léger ferment qui le rend succulent et ravive les saveurs, les épices, pour le plaisir du palais.  Je vous partage les souvenirs de Peck Peckisblackman sur ce plat . J’ai adoré !!

LE RIZ COUCHÉ

« Chez nous, au réveil le matin, le petit déjeuner était cette espèce de riz de la veille chauffé aux mille feux avec cette sauce qui en faisait l’égérie de nos papilles et de nos heureuses panses qui bouillonnaient d’allégresse festive.
Ma mère s’était levé au premier chant du coq et avait en un laps de temps balayé notre cour familiale dont les manguiers et les goyaviers versaient sous forme de confettis leurs feuilles. Elle mouillait abondamment mais avec un technique d’experte le sol pour ne pas lever la poussière et infester notre environnement. Quand elle avait fini cette énième tâche du quotidien, nous l’entendions les yeux mi-clos apprêter la vaisselle qui servirait à préparer ce petit déjeuner des familles villageoises qui avait paraît il conquis le coeur des familles citadines.
Elle replaçait les fagots qui n’avaient plus leurs érections de la veille mais étaient restés tièdes entre les trois pierres qui faisaient partie du décor de la famille. Puis, en chantonnant une aubade, elle mettait des détritus de graine de palme et du pétrole puis une bûchette d’allumette venait donner la vie à ce foyer qui s’embrasait avec un crépitement annonçant les hostilités gastronomiques premières du jour.
La marmite allait sur le feu pour être en condition. Dès lors, maman à l’aide d’une spatule en matière des calebasses disposait une première couche de la sauce aux arachides de la veille. Elle attendait trente secondes et plaçait une couche de riz épars cette fois avec sa main. Elle répétait cette opération autant de fois qu’elle avait de riz et de sauce comme font les pâtissiers émérites pour leurs milles crémeuses feuilles.
Lorsqu’elle avait terminé, le cocktail alimentaire « chuintant », elle nous demandait de nous apprêter à venir prendre ce petit déjeuner bolide qui n’allait pas tarder à être prêt.
Pour tester de la fin de préparation de ce riz couché, ma mère plantait dans le fond une cuillère et ressortait avec une couche de croûte par la sauce et le riz « pyromanisé » légèrement. C’était le signe que tout était bien fait et que nous allions grailler tels les ogres des champs.
La marmite était en un centre autour duquel nous formions de notre ribambelle une farandole. Nous commencions à manger ce mille feuille de riz à la sauce TIGA* en commençant par le haut. Celui qui se hasardait à toucher le fond pouvait atrocement se prendre un cocotah** bien placé vers ses nerfs, car la croûte du fond, était le domaine privé des plus aînés.
Nous buvions de l’eau de source servie dans de petites calebasses. Lorsque nous finissions, nous disions merci à notre maman, qui avait déjà dans son programme commencé à préparer le repas du midi.
Nous étions lourds et balourds de nos ventres comparables à veux de Charles Bovary de Gustave Flaubert. C’était le signe que nous étions repus comme des dindons. Les jeux du quotidien pouvaient alors commencer. »

Bon vendredi…

*Sauce TIGA : Sauce arachide  ou sauce Tigadèguè en Côte d’Ivoire , Tigadèguènan au Mali, Mafé au Sénégal

**Côcôtah : Coup donné sur la tête , est également utilisé pour désigner un fruit tropical , le saba senegalensis. Krkrkrk, je viens de découvrir ce nom !