Tiranké était rentrée en Côte d’Ivoire pendant le mois de Ramadan. Encore cette fois, le mois du jeûne Musulman en France coïncidait avec les périodes de forte chaleur et les longues journées où le soleil faisait son ballet jusqu’à 9h du soir. Voyager pendant cette période était une occasion pour se recueillir, retrouver la belle-famille à et apporter un soutien moral à sa mère de plus en plus fragilisée par l’âge.

Le jour de la fête, les filles de la maisonnée s’étaient rassemblées pour cuisiner ce jour des plats copieux à manger et à partager avec les voisins. Cette année, Tiranké avait décidé de se démarquer en cuisinant un plat de chez elle : « Le Lafidi ». Son père étant Guinéen d’origine, elle revendiquait à qui voulait l’entendre ces racines dont elle était fière, d’autant plus qu’il s’était établi comme un patriarche respecté dans la région de Touba, au Nord-Ouest de la Côte d’Ivoire.

De bonne heure, Tiranké s’affaira donc en cuisine. A la vue des belles boulettes de viande qui commençaient à remplir la bassine Ivoiral**, sa belle-sœur ne put s’empêcher de commenter :

Massiami : Ma femme*, tu nous cuisines quoi aujourd’hui ô ?

Tiranké : mon mari, c’est du Lafidi, c’est un plat de la Guinée. C’est du riz mélangé au gombo, au Soumbara et à la poudre de Poisson fumé. On peut l’accompagner de viandes de bœuf, de poissons ou de crevettes.

Massiami : Ayi ?! mais çà là c’est Soumbala Lafri…depuis quand c’est Guinéen ? faut pas mentir comme çà !! »

S’ensuivit pendant plusieurs minutes, une houleuse discussion que la fierté de chacune attisait. D’un pas haletant, le père de Halim qui avait observé toute la scène, s’empressa d’intervenir dans cette querelle infondée : « Vous les enfants d’aujourd’hui, vous ne connaissez pas votre histoire. On retrouve aussi bien des Mandé en Côte d’Ivoire qu’en Guinée. Vous êtes tous enfants du Mandingue. Il est normal que vous ayez les mêmes habitudes culinaires ! Soumbala Lafidi ou Soumbala Lafri, A bê bé kélé*** 😉 ! D’ailleurs, quand on cuisine, on ne parle pas! »

Sur cette note, la cuisine fut silencieuse et surtout bonne !! On vous repartage ici la recette du mariage entre la Guinée et la Côte d’Ivoire! A déguster avec les mains !

Recette pour 4-6 personnes

  • 1kg de Viande hachée
  • 2 œufs
  • 1 bouquet de persil frisé
  • ½ bouquet de menthe
  • 4 oignons émincés
  • 2 aubergines blanches
  • 1 vingtaine de gombos frais
  • 1 bol d’huile végétale
  • 1 ou 2 cubes d’assaisonnement
  • 2 piments
  • 1 cuillère à soupe de poivre gris
  • 1 kg de riz
  • du sel

Pour la poudre à mettre dans le riz

  • Piler une boule de Soumbara
  • Rajouter le même volume en poisson fumé pilé (magne) avec du sel

Préparation

  • Préparation des boulettes de viande
  1. Mélanger la viande hachée, 2 jaunes d’œuf, 2 cuillères à café d’oignon écrasé,
  2. Rajouter une pincée de poivre, les feuilles de menthes et de persil ciselées,
  3. Rajouter le sel ou cube d’assaisonement,
  4. Mettre de l’huile dans les paumes de la main et façonner de petites boulettes,
  5. Dans une cocotte, mettre les boulettes en vaporisant quelques gouttes d’eau entre chaque rangée de la cocotte,
  6. Fermer et laisser cuire une dizaine de minutes, puis suivre pendant ce temps les étapes de la préparation des crevettes,
  • Préparation des crevettes et (suite boulettes de viande)
  1. Écraser la moitié des oignons émincés à l’aide d’un mixeur, laisse mijoter jusqu’à absorption complète du jus
  2. Pendant ce temps, faire revenir le reste des oignons émincés dans une poêle sans matière grasse pendant 5 minutes en remuant régulièrement et rajouter un verre d’huile,
  3. Rajouter les boulettes de viandes précuites,
  4. Rajouter les crevettes nettoyées (sans la queue et rincées)et la purée d’oignon jusqu’à ce que les crevettes soient bien cuites.
  • Préparation du riz
  1. Laver, équeuter les gombos puis les râper,
  2. Mettre de l’eau dans la casserole (l’équivalent de deux fois le volume de riz),
  3. Quand l’eau commence à bouillir, rajouter le gombo râpé, le sel, le piment et les aubergines,
  4. Laisser le mélange bouillir sans fermer la casserole,
  5. Quand le volume à réduit de moitié, rajouter le riz préalablement lavé et réduire à feu moyen,
  6. Fermer le riz et laisser cuire,
  7. Quand l’eau est absorbée, ouvrir et mettre la poudre (soumbara, sel, magne) au milieu du riz (Voir section « Pour la poudre à mettre dans le riz »),
  8. Laisser cuire encore jusqu’à ce que le riz soit à point,
  9. Mélanger le riz pour qu’il soit homogène.

Servir le riz avec une louche de boulettes de viandes, de crevettes et leur jus de cuisson ! Placer la natte, laver les mains, le carnage peut commencer !

Merci Kany pour la recette, tu m’as fait voyagé <3 !  🙂

A bê bé kélé* : « C’est la même chose » ou « c’est une seule chose » en Malinké/ Dioula

Ivoiral** : Marque Ivoirienne d’ustensiles de cuisine en aluminium

Ma femme*** : Chez les Mandingue, on épouse pas seulement une personne, on épouse sa famille. La soeur du mari appelera à titre d’exemple sa belle-soeur « ma femme / notre femme ».

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