« Vas-y vise plus haut, change ta vie, demain t’appartient relève tes déf… ».  Yennenga fredonnait la chanson d’Alpha Blondy à tue-tête lorsque notre attention fut attirée par des jardins superbement entretenus non loin du carrefour Akwaba. On pouvait voir de la laitue, des tomates, des fleurs en pépinière qui formaient de belles figures géométriques à perte de vue 😎 . C’était l’activité d’un grand nombre de femmes analphabètes dans plusieurs endroits à Abidjan … Les terres non occupées leur servaient souvent de terrains pour les cultures maraîchères en attendant la mise en valeur prochaine par les propriétaires terriens. On décida ensemble de marquer un arrêt pour acheter des petits légumes.

A peine descendues de la voiture, deux gamines de 12-13 ans à peine, des paniers sur la tête, se bousculaient à notre rencontre . Bricolant quelques mots de « Français », elles me donnaient les prix de leurs denrées. « Tantie, pour moi c’est frais. Ye peux aller chercher tomates aussi si tu veux », s’écria la plus jeune d’entre elle. « Tantie, moi yai te faire un bon prix, ya « comcombre » aussi » rétorqua l’autre. J’achetais pour environ 3000 frs de légumes.
En allant chercher la monnaie auprès de leur mère qui défrichait une parcelle de terrain, je les entendis échanger comme suit : « Toi, au moinsse, tu pourras acheter ton livre de mathématiques. Moi, je dois vendre encore pour 3000 pour acheter mes cahiers et payer les frais d’inscription. »

Je ne pouvais m’empêcher de couler des larmes en repensant à mon enfance 😥 😥 . Nous habitions dans un « campement » où notre maison en terre battue ne souffrait d’aucun loyer, les produits vivriers et le dispensaire étaient également accessibles moyennant quelques sous. Troisième d’une famille de 11 enfants dont la mère était femme de ménage et le père manœuvre immigré d’un pays voisin, rien ne me prédestinait à la carrière que j’embrasse aujourd’hui. Comment nourrir ce beau monde et assurer fournitures scolaires 🙄 ? Malgré tout, mon père aidé par son frère aîné devenu député, avait scolarisé tous ses enfants, au grand dam de ses amis. Je me rappelle encore les conseils des papas du village: « La place d’une fille c’est à la maison. Si tu l’envoies à l’école c’est grossesse, elle va envoyer et elle n’aura pas de mari. ». Avec calme, Papa leur répondait que filles et garçons avaient les mêmes droits à l’éducation. C’était un féministe des indépendances et nous en étions chanceux.

Quid de ces fillettes ? A défaut d’avoir collecté la somme nécessaire, iraient-elles à l’école ? Leurs vêtements déchirés laissaient imaginer leur niveau de vie. A leur retour, je m’engageais à leur fournir les livres dont elles avaient besoin pour les classes de CM2 et de 4ième. Le programme éducatif n’avait pas changé et Yennenga était grande maintenant. Je pouvais donc leur donner les anciens effets scolaires qui s’empoussiéraient à la maison. J’allais aussi les voir régulièrement … Les résultats des années scolaires qui suivaient nos rencontres s’en portaient mieux, le brevet et le CEPE en prime.

Non! la place des enfants n’est ni dans les champs, ni au marché. Il est donc important de promouvoir les initiatives visant à leur scolarisation. Notre devoir de citoyen pourrait être de favoriser une économie solidaire visant à sensibiliser les parents hésitants, encourager des cours à domicile, des journées d’alphabétisation, la mise à disposition de fournitures scolaires inutilisées … Aucun développement n’est viable sans éducation. Avec Yiwô Zone, il vous est possible de parrainer une fillette à partir de 13000 Fcfa pour la rentrée scolaire 2018-2019, de partager vos anciens livres. « J’ai parrainé Chiayé et toi ❓ »

Merci à l’Unicef Côte d’Ivoire pour la photo de couverture !

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