Chaque année, de mai à juin, la préparation de l’entrée en sixième coïncidait pour de nombreux enfants avec la célébration du baptême Catholique. A vrai dire, c’était d’avantage la fête de leurs parents, l’occasion de rassembler les meilleurs amis de la famille et les parents proches autour de déjeuners copieux, de vêtements traditionnels riches et élégants en échangeant de nombreux verres de vin.

On célébrait plus particulièrement ce jour, le baptême de Chiayé, la fille de tonton Assa. Au service de ma famille depuis ma petite enfance, tonton Assa en était un membre à part entière. Aussi, la maisonnée gargouillait depuis ce matin. Plateaux de crudités, dragées… Maman avait absorbé une  partie de l’organisation de cette fête bien qu’étant à plusieurs dizaines de kilomètres du lieu de la fête. D’ailleurs, au bout du fil, elle s’attelait à vérifier les derniers réglages avec les parents de sa filleule.

Pendant ce temps, vêtue comme une petite princesse dans ma robe rose et mes chaussettes en dentelles blanche arrivant à mi-mollet, je gambadais dans le parking tout en rêvant au déjeuner du jour. Du Bie’Kosseu au menu ? J’étais prête à parier sans risque. « Bie’Ko » signifie piment en Attié. Le Bie’kosseu en regorgait donc à profusion ! On mangeait très peu, voire pas du tout de plats à base de piment à la maison. Aucun membre de la maisonnée n’en supportait le goût corsé. Pourtant, le Bie’Kosseu était sans l’ombre d’un doute l’un de mes plats préférés et le plat national Attié/Akyé. A ma décharge, l’épouse de tonton Assa savait tellement bien cuisiner le Bie’Kosseu que rien ne pouvait me dissuader de déguster ce plat. D’ailleurs, il n’y avait pas que du jus de piment dans ce plat. Il s’accompagnait souvent d’un un foutou à base de bananes plantains bien mûres. Un sucré salé que mon palais mordait avec appétit.

« Bie’Ko » signifie piment en Attié. Le Bie’kosseu en regorgait donc à profusion !

Pour l’occasion, j’avais déjà trouvé mon stratagème, j’engloutirais chaque portion, la carafe d’eau à portée de main plus pour calmer l’ardeur du piment que pour étancher ma soif. On arriva à Ahoutué à 9h30, le temps de prendre le chemin de l’église où la messe avait lieu à 10h. Après une homélie sur la charité, le prêtre procéda au baptême de la vingtaine d’aspirants. C’était le début des hostilités gourmandes. Chaque famille regagnait son domicile, les nouveaux baptisés portés en triomphe.

Dans la cour, des « apatams (1)» avaient été construits pour l’occasion. Après nous avoir donné de l’eau à boire et « demandé les nouvelles », la maitresse de maison servit le repas. Comme à l’accoutumée,  elle avait allié la fois présentation et gôut : des papillotes de Bie’kosseu accompagnées de pains de « foutous bananes » bien sucrés, uniformes et moelleux à souhait.

C’était du Biekosseu’ Adala. « Adala », « Adalao », pour dire çà a cramé. Les savantes cuisinières Attié vous le diront : Un bie’Kosseu légèrement brulé a plus de goût.

Pari gagné ! Bon appétit ! Suivez-moi en cuisine pour la recette 😆

Ingrédients

  • 4 grosses tomates
  • 2 gros oignons
  • 5 grosses aubergines africaines (aubergines jaunes)
  • 1 cuillère à soupe de tomate concentrée (facultatif)
  • 1 cube maggi étoile (facultatif)
  • 1 gros poisson frais nettoyé et coupé en morceaux
  • 3-5 piments entiers (couleur orangée)
  • 3 feuilles d’Attiéké fraiches rincées
  • 2 cuillères à soupe d’huile
  • du sel à votre convenance

Préparation traditionnelle

  1. Ecraser au talier/au caillou les piments, les tomates, les oignons
  2. Faire une/plusieurs papillotes (un creux) avec la feuille d’attiéké et y rajouter le mélange de légumes écrasés, le poisson coupé en morceaux, rajouter le sel, un filet d’huile et remuer
  3. Attacher le tout avec une fibre de la feuille d’attiéké
  4. Mettre les papillotes sur la braise 2-3 minutes avant de mettre avec dans une casserole à feu moyen pendant une quinzaine de minutes,
  5. Les feuilles d’attiéké donnent un certain goût à la préparation. Laisser cuire à feu doux en remuant les papillotes sans jamais les ouvrir une demi-heure,
  6. Découper les aubergines et saler,
  7. Dans une casserole, faire bouillir les aubergines à l’eau, saler et écraser au talier.

Préparation « moderne »

  1. Ecraser au mixeur les piments, les tomates, les oignons,
  2. Dans une casserole, y rajouter le mélange de légumes écrasés, une cuillère à soupe de concentré de tomates, le poisson coupé en morceaux, le sel, un filet d’huile et remuer
  3. Laisser cuire à feu moyen jusqu’à ce que le jus des légumes commence à tarir,
  4. Rajouter un cube Maggi étoile,
  5. Laisser réduire à feu doux et rajouter un filet d’huile,
  6. Laisser cuire à feu doux en secouant le mélange sans jamais ouvrir (pour éviter que le poisson ne s’attache à la casserole) pendant une quarantaine de minutes,
  7. Remuer régulièrement,
  8. Découper les aubergines et saler,
  9. Dans une casserole, faire bouillir les aubergines à l’eau, saler et écraser au talier,
  10. Découper les aubergines et saler.

Dégustation

  • Servir en trois parties :
    • le mijoté à base de légumes et de poisson,
    • l’ écrasé d’aubergines,
    • un accompagnement de préférence à base de foutou de bananes plantains ou de riz.
  • Laver les mains, faire corps à corps avec la nourriture 😆 et savourer !!

Merci Biya, Ma Crycry pour la recette 🙂 20 ans d’amitié , çà se fête en mangeant !

(1): Apatam : Construction légère formée d’un toit fait de végétaux soutenu par des piquets (Wikipedia).

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